Jeudi, nous étions plus de trente communistes devant toutes les gares SNCF de Paris. Tous à la même heure, en train (jeu de mots)
de diffuser le quatre pages programme de Marie-George Buffet.
J'étais à Gare du Nord avec six autres camarades.
Il y avait bien sûr les traditionnels "Métro", "20 minutes" et le nouveau "Matin plus". Que des jeunes pour diffuser ces "gratuits" qui vous collent la trouille tant vous mesurez qu'au même moment des milliers de personnes lisent la même chose. "Matin plus" gare du Nord c'est 3200 exemplaires en 1h30, impressionnant ! Nous avons fait 2000 tracts dans le même temps, bon!...Pas mal non plus.
Mais ces jeunes plutôt que de s'embêter à diffuser leurs journaux en ne disant que "bonjour madame", "bonjour monsieur", restent souvent disponibles pour tailler une bavette pour peu que l'on s'intéresse à eux sans les assimiler qu'à des diffuseurs de pensée unique.
J'ai discuté ainsi avec trois d'entre eux et elles, au niveau politique fort différent, mais tous intéressés par l'échange. Un homme est même venu participer à la conversation, fort démobilisateur, disant à plusieurs reprises que cela avait toujours été comme cela et que c'est comme ça, un fataliste en somme. Une fois, deux fois, j'allais pas le laisser "casser ma baraque" et n'y tenant plus je lui faisais remarquer qu'il n'était pas en sabots dans la terre et que sûrement à un moment il avait du se passer quelque chose pour que l'humain passe du servage à sa situation...il est parti...bon !
Plusieurs, sont venu-es, prendre le tract, me disant c'est ma candidate, je la connais, la gare du Nord c'est aussi la Seine-St Denis. Une m'a dit, sourire aux lèvres "mon patron c'est Cohen-Seat", bon d'accord ! L'oeil complisse, m'a laissé comprendre que Marie-George était aussi sa candidate.
D'autres passent lançant quelques remarques, pas forcément agréables et refusent le tract. L'un d'eux, jeune, rentrant dans la gare, me lançe un truc du genre "vous ne ferez pas 5%". Je lui demande "pourquoi ?". Il revient sur ses pas et me dit que Marie-George ne parle pas du FMI, de l'OMC..... Nous engageons la discussion : FMI, immigration, OMC, AGCS, BCE, l'échange est court par rapport au sujet, mais ce jeune avait choisi la provocation pour attendre quelque chose de nous. Il n'est pas rentré dans la gare, il est reparti avec le tract.
D'autres refusent le tract. A ce sujet je dois dire qu'il y avait beaucoup d'hommes qui refusaient le tract alors que les femmes, elles, semblaient beaucoup plus intéressées. Marie-George serait-elle la candidate des femmes ?
Toujours est-il que, l'une d'entre elles, jeune, casque sur les oreilles, MP3 en action, refuse le tract. Je lui dis "c'est dommage". Et, après quelques instants je la vois ressortir de la gare, venir vers moi et me dire "dans le fond j'ai réfléchi, je le prends". Peut-être avait-elle remarqué quelqu'un, quelqu'une lisant ce tract et, jeté rapidement un coup d'oeuil ?
Et puis, arrive sur le parvis de la gare du Nord, une jeune femme, pour ne pas dire jeune fille, une vingtaine d'années. Personne ne pouvait ignorer sa présence, tant sa silhouette, sa plastique, ne pouvaient qu'attirer l'oeil des hommes comme des femmes. Bien sûr, il serait hypocrite de dire que je ne l'avais pas remarquée. Mais bon militantisme avant tout, je poursuis ma distribution. Au bout de quelques instant elle vient vers moi et me dit : "je pourrais en avoir un ? ". Je lui donne un tract et elle repart fumer sa cigarette et boire son gobelet de café avant de rentrer dans la gare prendre son train. Cigarette partie en fumée, gobelet jeté dans la poubelle, elle entre dans la gare, fait une dizaine de mètres, se retourne et, levant un bras, me jette, convaincue et elle aussi complisse : "On va y arriver !"
Quand, vous vous levez à cinq heures du mat, que vous vous pelez dans les courants d'air d'une gare, ces échanges, ces regards, ces retours pour venir vous prendre le tract, ces mots lancés, pleins d'espoirs, cela vous donne un coup de foudre.